Maison des Hommes et des techniques

Stocznia Gdanska

Une exposition sur les ouvriers des chantiers navals de Gdansk

A l’évocation de ces mots, on pense à d’immenses navires s’apprêtant à prendre la mer. On se prend alors à rêver de croisières de luxe, ou à imaginer des monstres de métal, chargés de marchandises, traversant l’océan. Il ne faut pourtant pas oublier qu’en amont du rêve, il y a des hommes (et des femmes) qui soudent, peignent, montent, installent des circuits électriques, découpent de la tôle, transpirent sous un soleil de plomb ou gèlent dans un air glacial.

L’exposition de François Struzik et Cécile Liège s’attache à montrer les chantiers navals, non du haut des bateaux mais à hauteur d’hommes. En témoignant de la vie des travailleurs, ellel démystifie une industrie et lui rend sa dimension humaine. Rappeler aussi la dimension humaine de l’histoire. Car aller à la rencontre des hommes et femmes des chantiers navals, c’est faire connaissance avec, non seulement la mémoire ouvrière, mais aussi la mémoire d’une ville portuaire. Gdansk a bâti sa richesse sur ses activités maritimes, en particulier industrielles. Cela devrait faire écho dans les grandes villes portuaires mais également dans toutes les villes porteuses d’une histoire ouvrière forte.

Le choix de Gdansk n’est pas fortuit : ce port de la mer Baltique, par son rôle dans l’histoire récente de la Pologne (1980-1981, la naissance de Solidarnosc et les premiers pas du combat pour la démocratie), possède une charge symbolique. Par ailleurs, la Pologne est un des derniers producteurs européens dans le secteur ultra concurrentiel de l’industrie navale. L’existence des chantiers s’en trouve menacée. En première ligne, les ouvriers subissent la détérioration des conditions de travail. Stocznia Gdanska donne un instantané ethnographique du quotidien ouvrier sur un chantier naval du XXIsiècle.

En s’appuyant sur les photos et les portraits sonores (entretiens avec des ouvriers des chantiers), les visiteurs peuvent, pendant un moment, partager la vie des ouvriers de Gdansk. Ils associent des visages et des histoires à des lieux et des bateaux qui les font rêver. Cette exposition propose donc une approche documentaire de la vie sur les chantiers navals, avec la sensibilité des auteurs, qui souhaitent replacer l’homme au centre du processus industriel.

Stocznia Gdanska. Ouvriers sur les chantiers navals de Gdansk a été élu Evénement Leica 2005 en Belgique.

Les photographies s’attachent à montrer les hommes dans leur travail, des rencontres, des lieux de vie, la théâtralité des gestes et quelques fois la grisaille du quotidien. Les témoignages sonores sont le résultat d'une rencontre sonore avec cinq ouvriers de Gdansk accompagne les photographies. Les témoignages des trois hommes sont regroupés par thème (description de leur métier, perception qu’ils en ont, les évolutions, les conditions de travail, etc.) sur lequel chacun s’exprime librement. Celui des deux femmes prend la forme d’une rencontre entre deux points de vue très différents sur l’évolution du travail sur les chantiers navals. À travers ces rencontres, plusieurs professions sont représentées : soudeur, magasinier, chaudronnier et grutières.

Des panneaux racontent l’histoire des chantiers navals de Gdansk, en s’arrêtant particulièrement sur les années Solidarité. Ils servent également à mettre en exergue les citations des ouvriers rencontrés sur les chantiers, à donner des informations générales sur la Pologne, à remercier les partenaires de l'exposition, ainsi qu’à présenter les auteurs de l’exposition.

Descriptif de l'exposition
28 photographies au format 40x50, des documents sonores et des panneaux
Location par l'intermédiaire de l'association Au verso de ce monde
Tél : 06 10 05 61 05
E-mail : auversodecemonde@freesurf.fr

 

 

 

 

 

Genèse du projet

Affiche exposition Stocznia GdanskaFrançois Struzik est photographe en Belgique. Pendant plusieurs ans, il a réalisé un travail sur les chantiers navals belges. Il a rencontré les travailleurs, a discuté avec eux, capté avec son Leica leurs gestes, leur regard, leurs déplacements dans un espace métallique. Son but : témoign

er du travail des ouvriers pour démystifier une industrie du rêve. C’est un fin connaisseur de la Pologne : il a suivi des études de Langues et littératures slaves à Bruxelles, a vécu un an et demi à Cracovie et effectué de nombreux voyages dans le pays. Par ailleurs, il est diplômé en sociologie politique. Il s’intéresse aux chantiers de Gdansk, au bord de la mer Baltique.

Ces chantiers lui ont offert une nouvelle perspective : celle du combat pour la justice sociale. En 1980-1981, l’industrie navale de Gdansk fut le théâtre d’une grève historique portant les espoirs de toute une société. En 2003, François Struzik a donc entrepris une série de voyages en Pologne. À son retour, il est revenu avec des photos et une histoire à raconter : celle d’une grève violente qui a animé les chantiers, un an plus tôt. À la base de la contestation, des conditions de travail de plus en plus difficiles.

François Struzik a alors décidé d’en parler à une amie journaliste française, Cécile Liège, qu’il a rencontrée après avoir lu son article, dans le Monde diplomatique, sur le renouveau du monde juif en Pologne.[« Timide renouveau du judaïsme en Pologne », Le Monde diplomatique, janvier 2000] Tous deux sont partis pour Gdansk afin de réaliser un reportage sur cette grève dont les chantiers navals portent encore les plaies. À leur retour, riches de nombreux témoignages, ils ont souhaité poursuivre ce qu’a entrepris François Struzik à Anvers : montrer le travail des ouvriers dans cet ancien fleuron de l’industrie polonaise et foyer du mouvement démocratique. Aux photos se sont ajoutés les portraits sonores de travailleurs des chantiers, réalisés par Cécile Liège.

Brève histoire des chantiers de Gdansk

L’histoire des chantiers commence en 1844 avec la création de l’Atelier royal de construction de corvettes. Gdansk appartient alors à la Prusse. Vingt-sept ans plus tard, l’empire prussien les acquiert et les baptise du nom de Kaiserliche Werft. Les chantiers navals produisent, à cette époque, des cargos, des bateaux de passagers ainsi que des navires destinés à la Marine. Durant la Seconde Guerre mondiale, il en sort principalement des bateaux de guerre pour l’armée allemande. En 1945, Gdansk est rattachée à la Pologne. Comme le reste de la ville, les chantiers sont entièrement détruits.

La toute nouvelle entreprise d’État Stocznia Gdanska (les chantiers navals de Gdansk) commence le travail de reconstruction en juillet 1945. Le premier navire est inauguré en 1948. Il s’appelle le Soldek et appartient à la Compagnie maritime polonaise. Pendant de nombreuses années, la production sera essentiellement dirigée vers la Russie, puis progressivement vers des armateurs du monde entier. La liste des noms de bateaux construits sur les chantiers de Gdansk, depuis 1949, reflète aussi bien l’évolution idéologique que la diversification des armateurs : depuis Jednosc Robotnicza (l’Unité ouvrière, 1949) ou Huta Nowa (nom de la nouvelle cité ouvrière de Cracovie, 1952), en passant par tous les noms de capitales, de villes et de républiques soviétiques (Minsk, Novaya Sibir, Kaunas, Smolensk, Severnaya Zemlya), de généraux russes et de héros révolutionnaires (Revolyutsiya, Pugachev, General Sikorski, Partizan Bonivur, Admiral Sarichev), d’écrivains et artistes (Chopin, Mickiewicz, Gontcharov, Leskov, Nekrasov), jusqu’aux noms plus exotiques pour les compagnies étrangères (General Zapata, Todos Santos, Caribia Express, Simon Bolivar, Stena Scandinavica) et… Euro Max (2002).

En 1967, les chantiers navals de Gdansk prennent le nom de Stocznia Gdanska im. Lenina. En 1980-1981, les chantiers de Gdansk sont le théâtre d’un violent mouvement de contestation à l’égard de la dictature et deviennent le berceau du désormais célèbre syndicat Solidarnosc. Un de ses leaders, Lech Walesa, devenu président de la République en 1990, y a longtemps travaillé comme électricien. Cette même année 1990, les chantiers navals sont privatisés : 61 % du capital passent à l’actionnariat privé, 39 % aux employés. La société Stocznia Gdanska fait faillite en 1998. Elle est alors rachetée par le groupe Stocznia Gdynia S.A.. Aujourd’hui, les chantiers navals de Gdansk produisent essentiellement des porte-conteneurs.

La visite de deux syndicalistes polonais à Nantes et Saint-Nazaire

Dans le cadre de l'exposition, la Maison des Hommes et des techniques a invité deux syndicalistes polonais, Leszek Swietczak et Jan Szopinski, responsables du syndicat Stoczniowiec, à venir rencontrer le public nantais et nazairien.

Le 7 avril 2005, la Maison des Hommes et des techniques leur a fait visiter le site des anciens chantiers navals de Nantes ; le soir même, ils ont participé à une soirée débat avec, entre autres, d'anciens salariés des chantiers navals de Nantes et des syndicalistes nantais.

Le 8 avril, à l'invitation du Centre de culture populaire, ils ont visité les Chantiers de l'Atlantique, où ils ont pu se renseigner sur le fonctionnement du dernier grand chantier naval français. Leur visite a pris fin avec une conférence-débat à la Maison du peuple, en présence de salariés et syndicalistes des Chantiers de l'Atlantique ; les discussions ont porté sur les conditions de travail et de vie des salariés des chantiers navals de Saint-Nazaire et de Pologne, sur les relations internationales du syndicalisme, sur l'avenir de la construction navale, etc.

Leszek Swietczak est soudeur et a travaillé aux chantiers navals de Gdynia pendant trente ans. Il a fait ses débuts militants à Solidarnosc. En 1982-1983, il a quitté Solidarité, qu'il jugeait trop politique et pas assez proche des travailleurs, tout en continuant à militer. En 1997, il s'est retrouvé à la tête d'une grève et, en 1998, il a créé un nouveau syndicat, Stocznowiec. Celui-ci est composé en grande majorité d'ouvriers et réunit environ deux mille adhérents. Stocznowiec défend les principes suivants : Leszek Swietczak se rend lui-même sur les différents postes du chantier pour constater les conditions de travail (éviter aux ouvriers qui se plaignent de perdre leur travail ; travail sur les conventions collectives pour améliorer les salaires ; demander le respect du code du travail contre le capitalisme sauvage qui fait rage en Pologne ; insister sur la dignité du travail, qu'il soit intellectuel ou ouvrier.

En février 2002, le syndicat s'est trouvé à la tête d'une grève qui entraîna sa mise à la porte de l'entreprise et le licenciement d'ouvriers, dont celui de Leszek Swietczak. Pendant dix-huit mois, celui-ci a continué sa mission dans une caravane installée en face de l'entrée du chantier, avant d'être réintégré, comme son syndicat quelques mois plus tôt, en février 2004. Jan Szopinski est l'un des vice-présidents de Stocznowiec.

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